Comportements répétitifs centrés sur le corps (CRCC)

Les CRCC (Body Focused Repetitive Behaviors – BFRB’s) sont des « Comportements Répétitifs Centrés sur le Corps ». Ce sont des gestes répétitifs d’auto-toilettage (self-grooming) consistant à se tirer les cheveux, se gratter, se triturer ou se mordre la peau… au point de se causer des blessures. Les CRCC les plus courants sont la trichotillomanie (s’arracher les cheveux), la dermatillomanie (gratter les croûtes, l’acnée ou toutes imperfections sur la peau), l’onychotillomanie (se ronger la peau des ongles), l’onycophagie (se ronger les ongles), le triturage ou le mordillement des lèvres, ou de l’intérieur des joues.

Les personnes souffrant de CRCC ont observé que les comportements impulsifs avaient lieu pendant des périodes d’activités sédentaires. Ces activités incluent notamment : être au lit, écouter une présentation, conduire une voiture ou bien se faire conduire, parler au téléphone, être au cinéma, utiliser l’ordinateur, rester assis derrière son bureau de travail… Pour d’autres personnes, c’est au contraire lors de périodes d’activités physiques que les comportements se déclenchent (par exemple : marcher ou se maquiller).

Il arrive aussi qu’une personne agisse en toute conscience, par exemple en planifiant de rentrer chez elle pour s’arracher des cheveux ou gratter une région de son corps. Le comportement est alors obsessionnel et compulsif (car accompagné de pensées). A d’autres moments, la même personne peut se retrouver en train de faire des gestes dans un état de semi-conscience (ou  » état hypnotique « ), ne réalisant ce qu’elle a fait que lorsqu’elle découvre une pile de cheveux, son visage boursouflé, des égratignures sur sa peau, des plaies ouvertes ou des doigts ensanglantés.

Certains ressentent sur la peau une sensation qui attire les doigts vers l’endroit qui sera gratté ou épilé.  Ces sensations peuvent être comparées à des démangeaisons, des picotements ou des douleurs. D’autres personnes ne ressentent rien avant de commencer à se gratter ou à s’arracher des cheveux : les doigts trouvent tout simplement un chemin vers le site, et le comportement est déclenché. Ces personnes recherchent une irrégularité spécifique dans les cheveux (plus épais, plus irrégulier…) ou sur la peau (rugueuse, irrégulière, bosselée…) et essayeront de faire disparaître l’irrégularité – imparfaite – qui les dérange.

La recherche des imperfections fait partie intégrante du processus, comme frotter les doigts sur la peau, dans les cheveux, sur les sourcils, etc., à la recherche d’une irrégularité sur laquelle ils pourront se concentrer. Ils procéderont ensuite à une séance de tirage ou de grattage, et certains examineront ensuite attentivement ce qu’ils ont retiré : ils le frotteront sur leur peau, leur visage ou leurs lèvres, le sentiront, le mâcheront, l’avaleront, ou bien le feront rouler entre leurs doigts.

La gravité de ces comportements varie d’une personne à l’autre. Arracher ses cheveux peut provoquer la création de petites surfaces clairsemées sur la tête, l’apparition de régions dégarnies, ou encore une calvitie très étendue difficilement dissimulable. Les personnes qui se grattent la peau développent des croûtes ou des blessures qui ne guérissent pas en raison du grattage répété. Il arrive parfois que la peau s’infecte ou forme des cicatrices, rendant le grattage apparent, ce qui peut attiser les sentiments de honte chez la personne ainsi affectée.

Le fait de s’arracher les cheveux ou de se gratter la peau peut sembler des problèmes anodins, mais lorsque ces gestes en apparence inoffensifs sont posés de manière excessive, ils peuvent provoquer de sérieux problèmes médicaux.  Ceux qui avalent les cheveux arrachés encourent des malaises gastro-intestinaux, voire même des blocages digestifs, résultant de la formation d’un trichobézoard (boule de poils) qui doit être retiré par voie chirurgicale. En ce qui concerne le grattage de la peau, il est important de garder les plaies propres et de les soigner avec une crème à base d’antibiotiques afin d’empêcher qu’elles s’infectent. Parfois, c’est la répétition même du geste qui provoquera des blessures.

En plus de ces problèmes physiques et médicaux, plusieurs des personnes présentant des CRCC éprouvent des sentiments de honte et de solitude, elles cachent leur secret et se sentent limitées dans leurs relations intimes, se privant d’exercer certaines activités. Elles se sentent dérangées dans leur fonctionnement personnel, social, professionnel ou limitées dans d’autres champs d’intérêts.

Pourquoi certaines personnes ont-elles des Comportement Répétitifs Centrés sur le Corps alors que d’autres n’en ont pas ?  Les recherches indiquent que certaines personnes héritent de prédispositions génétiques à se tirer les cheveux ou se gratter la peau. Des études ont montré qu’on retrouve un plus grand nombre de CRCC chez les membres de la famille immédiate de ceux qui ont la trichotillomanie ou la dermatillomanie, que dans la population générale.  Une étude comparative récente sur l’arrachage de cheveux chez les jumeaux identiques et les jumeaux fraternels a confirmé cette thèse de la très forte composante génétique de la trichotillomanie.  Sachant que les CCRC ont une origine génétique, les chercheurs étudient actuellement les gènes de personnes souffrant de CRCC, afin d’isoler le gène marqueur. Cela pourrait donner un éclairage sur l’origine des problèmes.

Même s’il existe une prédisposition génétique aux Comportements Répétitifs Centrés sur le Corps, il faut également tenir compte d’autres facteurs impliqués, notamment : la personnalité, l’environnement, l’âge auquel les comportements ont commencé et la dynamique familiale. Il est intéressant de noter qu’on retrouve des comportements similaires chez d’autres espèces animales. Les primates, comme les grands gorilles ou certains types de singes par exemple, vont s’arracher les poils, se toiletter, se gratter pour enlever les puces et autres insectes ou se livrer aux mêmes activités dans la fourrure de  leurs congénères. On trouve des oiseaux qui s’arrachent les plumes, des souris qui s’arrachent les moustaches, les poils, ou de ceux de leurs compagnons de cage.  Des chiens et des chats peuvent se lécher ou se mordre la peau de manière à dégarnir certaines régions de tous poils.  Les chercheurs s’intéressent aux animaux qui présentent des Comportements Répétitifs Centrés sur le Corps afin de comprendre les aspects neurobiologiques complexes qui sous-tendent leur existence.

Certains professionnels ont émis l’hypothèse que la dermatillomanie est une forme de TOC (Trouble Obsessif-Compulsif). Depuis une quinzaine d’années, ce classement est tombé en défaveur. Bien que les individus atteints de Comportement Répétitifs Centrés sur le Corps présentent des comportements répétitifs, apparemment compulsifs, de nombreuses différences entre ces deux problèmes indiquent qu’il s’agit de deux troubles distincts.

Avant que la communauté scientifique ne se penche sur les Comportement Répétitifs Centrés sur le Corps, les professionnels prenaient généralement pour acquis que la dermatillomanie révélait la présence d’un autre problème plus « profond », ou encore qu’ils étaient les symptômes d’un traumatisme vécu au cours de la petite enfance. Les connaissances actuelles indiquent toutefois que ces comportements ne sont pas uniquement la manifestation de troubles plus importants ou de traumatismes non-résolus. Qui plus est, les CRCC doivent être dissociés des problèmes d’auto-mutilation ou des troubles reliés à la nourriture.  Il n’est cependant pas rare pour des gens souffrant de CRCC de ressentir également de l’angoisse, d’être déprimés ou d’avoir des troubles alimentaires, ce qui ajoute à la difficulté de gérer les CRCC.

 

 

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