« Dermatillomanie et se ronger les ongles, des habitudes connexes »

Fred Penzel , PhD

Reproduit à partir de In Touch # 11 © 1995

© Trichotillomania Learning Center , Inc. 2008. California, USA.

Fred Penzel, Ph.D., est psychologue et directeur du Western Suffolk Psychological Services, clinique privée à Huntington , NY, (516) 351-1729 . Il est spécialisé dans le traitement des troubles obsessionnels compulsifs et siège aux comités consultatifs de la Trichotillomanie Learning Center, Inc., et de l‘Obsessional Foundation, Inc. Il travaille actuellement sur ​​un livre d’auto-traitement pour les personnes ayant différents troubles obsessionnel et compulsifs.

Il n’est pas surprenant qu’il existe d’autres types de comportements problématiques très similaires à la trichotillomanie, de manières différentes. Je voudrais citer en particulier la dermatillomanie et le fait de se ronger les ongles (également connu sous le nom d’onychophagie). Ces comportements peuvent ne pas sembler graves, comme le fait de se tirer les cheveux pour certaines personnes. Mais j’ai rencontré un certain nombre de personnes qui ont l’un de ces problèmes, en plus de la trichotillomanie, et j’ai pu élaborer un diagnostic de dépistage les concernant.

Ce qui m’intéresse, ce ne sont pas les cuticules que tout le monde se mordille ou les morsures sur les ongles de temps en temps. Ni les boutons occasionnels que les gens pourraient se triturer ou gratter. Les personnes qui ont des problématiques plus sérieuses mordent continuellement leurs ongles et leurs cuticules jusqu’à ce qu’elles saignent et sont constamment en train de se promener avec les mains en sang ou les doigts endoloris, et parfois infectés. Ceux qui grattent leur peau de façon obsessionnelle sur leur visage et leur corps peuvent être parfois couverts de plaies rouges et de croûtes, appelées « acné  excoria  » – c’est un trouble de la peau auto-infligée qui ressemblerait à l’acné. Le moindre petit défaut ou impureté doit être trituré ou gratté par la personne, que ce soit avec les doigts ou avec d’autres outils spécifiques, tels que la pince à épiler, les aiguilles, les épingles, les cure-dents, etc.

Tout comme les trichotillomanes qui portent des chapeaux, des foulards, des perruques ou du maquillage, les  personnes qui se rongent la peau des ongles gardent leurs mains derrière leur dos ou dans leurs poches, et les personnes qui triturent ou grattent leur peau se maquillent ou mettent des pansements, ou alors elles restent tout simplement chez elles quand elles sont vraiment défigurées. Elles ressentent à la fois un sentiment de honte et d’embarras social, ainsi que le sentiment de perte contrôle. Elles se demandent pourquoi elles ne peuvent pas arrêter d’elles-mêmes leur comportement et se demandent si elles sont folles.

Autre ressemblance avec la trichotillomanie, les dermatillomanes semblent développer ces comportements sur les deux modes, conscients et/ou inconscient. Certains de manière automatique, comme s’ils étaient dans un état de transe, sans vraiment penser à ce qu’ils font. Généralement, les comportements de dermatillomanie surgissent pendant que les personnes pratiquent d’autres activités, comme la lecture, regarder la télévision, etc. Pour d’autres, le grattage ou triturage de peau est conscient et délibéré, et se mordre est parfois leur principale activité.

Plusieurs hypothèses peuvent être faites face à ces comportements. Au niveau le plus élémentaire, ils répondent à un besoin. Beaucoup rapportent ce sentiment presque incontrôlable d’avoir à le faire. Arracher, gratter, triturer ou se mordre semblent également offrir une sensation agréable ou de détente . Quand ces personnes se sentent stressées, avec recours à ces comportements a une sorte d’effet calmant sur ​​le système nerveux. Ceci explique probablement pourquoi tout ces gens qui veulent arrêter n’arrivent pas à le faire. Sur le moment, consciemment ou inconsciemment, le but est de se  » sentir bien « , peut importe les conséquences.

Beaucoup de recherches sembleraient également montrer qu’il s’agit d’une sorte de perfectionnisme compulsif. Certains « tireurs de cheveux » doivent tirer des cheveux en particulier, qu’ils sentent « différentes », ou qu’ils ne sentent pas à eux en raison de leur apparence ou de leur sensation. Les « rongeurs de peau d’ongles » vont souvent essayer de mordre un ongle en particulier, une cuticule ou une peau qui dépasse afin de rendre l’ongle plus lisse au toucher et au regard, sans bosse, pour le rendre  » parfait  » ou régulier. Les « tritureurs de peau » se tiennent pendant des heures devant un miroir, examinant de près leur visage ou d’autres zones de leur corps, afin de repérer la moindre bosse, irrégularité ou ouverture de pore afin d’éliminer, purifier, dans l’espoir d’obtenir un teint parfait. Paradoxalement, ces comportements ne rendent pas plus parfaits, mais au contraire aggravent l’état de la peau et la rendent moins belle, malgré les efforts de purification et d’embellissement.

Toutes ces similitudes semblent indiquer que ces trois comportements (mordre les peaux, tirer les cheveux, triturer la peau) reflètent probablement les différents aspects d’un même problème. Il y a probablement chez ces personnes une problématique et un mécanisme de  » self-grooming out-of-control », c’est-à-dire une perte de contrôle dans le processus d’auto-toilettage de leur mécanisme cérébral. De nombreux chercheurs classent ces comportements dans le sous-groupe des célèbres Troubles Obsessionnels Compulsifs. Mais les TOC sont déjà considérés comme un trouble à part entière. Ces comportements peuvent en effet représenter une gamme de troubles connexes des TOC classiques comme la peur d’une dysmorphie corporelle, l’anorexie mentale, la boulimie, la trichotillomanie, l’onychophagie, la dermatillomanie et le syndrome de Gilles de la Tourette.

Dans ma pratique, j’ai vu quelques trichotillomanes qui se rongaient aussi les ongles ou trituraient leur peau. Même si ça n’a pas encore été étudié de manière systématique, il se peut qu’il y ait des symptômes multiples. Fait intéressant, beaucoup de personnes ne réalisent pas que leurs comportements sont liés, jusqu’à ce que cela soit souligné.

Comme la trichotillomanie, ces deux troubles (mordre la peau et triturer la peau) semblent bien répondre aux médicaments et à la Thérapie Comportementale. Le traitement médicamenteux ne doit pas être considéré comme une fin en soi, mais un outil pour aider le traitement psychologique. Les médicaments proposés pour ces comportements ne remédient pas tout de suite au problème – cela peut prendre plusieurs semaines avant de voir apparaître des résultats. Ils peuvent également ne pas fonctionner parfaitement. Généralement, nous constatons une amélioration de 60 à 70% avec les médicaments, ce qui est considéré comme un bon résultat. Les médicaments principalement utilisés pour traiter la dermatillomanie ou les morsures de peau sont les mêmes que ceux utilisés pour la trichotillomanie et les TOC. Ces médicaments sont les plus récents et les plus puissants antidépresseurs (Anafranil , Prozac, Zoloft, Paxil, Effexor…). Deux autres médicaments ont été récemment approuvés (Luvox et Serzone), et peuvent également se révéler utiles. Aucun médicament n’est considéré comme le meilleur, car les médicaments ne fonctionnent pas sur tout le monde . Le meilleur moyen est d’en essayer plusieurs, jusqu’à trouver le plus efficace pour le patient.

La meilleure thérapie pour ces troubles consisterait au Renversement des Habitudes (TRH), une des techniques des TCC (Thérapies cognitives et Comportementales). Cette technique consiste en un processus en trois étapes qui fait prendre conscience des habitudes, qui apprend à se détendre, à se concentrer et se centrer, afin d’effectuer une réponse musculaire à chaque habitude. Cette technique est très efficace si elle est pratiquée quotidiennement et assidûment, elle devient ainsi une habitude qui remplace l’habitude non désirée. Les comportements problématiques dont nous avons parlés dans cet article sont très tenaces et difficiles à enlever pour deux raisons. Tout d’abord, le comportement indésirable a probablement été répété des centaines voire des milliers de fois, un conditionnement s’est donc mis en place. C’est pour cela qu’il est difficile de les enlever en quelques jours ou quelques semaines, et que la thérapie prend plusieurs mois. Deuxièmement, comme nous l’avons vu, ces manies fournissent une certaine satisfaction, un apaisement et un soulagement. Il faut du temps et beaucoup d’efforts afin de changer le conditionnement, mais ces manies sont tout à fait traitables. Les recherches montrent que la Technique du Renversement des Habitudes (TRH) est très efficace.

Même si vous êtes une personne qui subit ces comportements et que vous rencontrez plus d’un de ces problèmes (tirer les cheveux, morde la peau, triturer le corps), ne désespérez pas. Ils peuvent être surmontés si vous êtes motivés. Le plus important est d’apprendre à « se déstigmatiser ». Vous n’êtes pas fou, impuissant, moralement faible ou incapable de reprendre le contrôle, même si c’est ce que vous ressentez. Une fois que vous prendrez conscience de votre problème, dont vous ignoriez peut-être le nom, vous pourrez commencer à être pris en charge par un professionnel et faire de sérieux progrès. Il n’y a pas de « remède miracle », mais si vous faites la démarche, plusieurs techniques sont à votre disposition aujourd’hui pour traiter vos troubles.