Mindfulness

« La pleine conscience n’est pas de faire plus attention, mais de faire attention différemment, avec plus de sagesse, avec notre esprit tout entier et notre cœur, en nous servant de toutes les ressources de notre corps et de nos sens. » (The Mindful Way)

Les programmes mindfulness sont issus de la rencontre de deux univers en apparence complètement opposés : celui de la tradition philosophique orientale et des pratiques de méditation bouddhistes en particulier, et celui de la recherche scientifique occidentale en psychologie, en particulier en neurosciences.

La mindfulness témoigne d’une redécouverte par la science de ressources culturelles ancestrales et illustre une rencontre créative entre la tradition et la modernité. C’est en cela un événement culturel majeur et révolutionnaire : science et tradition travaillent aujourd’hui main dans la main, la science étant capable de démontrer la pertinence et l’efficience de ces pratiques découvertes empiriquement et de leur redonner le crédit dont elles avaient besoin dans nos sociétés devenues si pragmatiques.

La mindfulness ou pleine conscience  samma-sati en pali, samyag-smriti en sanscrit, peut se traduire par attention juste. Cela désigne la conscience vigilante par opposition à l’état de conscience en pilotage automatique, sans conscience, comme lorsque nous conduisons, faisons la cuisine etc… Ce dernier est un état de conscience très développé, que l’on observe parfois chez certaines personnes qui peuvent parler pour combler le vide par exemple (personnes anxieuses), sans aucune conscience de ce qu’elles sont en train de dire.

La pleine conscience est un état de conscience naturel que nous pouvons apprendre à développer notamment par des exercices de méditation qui demandent de porter son attention intentionnellement au moment présent sans jugement sur l’expérience qui se déploie moment après moment, comme l’a définit Jon Kabat-Zinn en 2003.

Le « bien être » est d’abord bien « être »

Cet état de conscience peut aussi être appelé mode être et peut se déployer dans toutes les activités où nous ne recherchons aucune performance mais où il s’agit simplement d’être présent à ce que nous faisons : lorsque nous chantons, dansons, tirons à l’arc, faisons l’amour ou autre, à condition que nous soyons pleinement à ce que nous sommes en train de faire sans aucune autre intention que de faire ce que nous faisons. C’est un état dans lequel nous ne cherchons pas à obtenir quelque chose mais sommes pleinement là. Le mode être que l’on pourrait appeler non-faire s’oppose au mode faire de résolutions de problèmes. Le mode faire est un état de conscience tendu vers un but, celui qui permet de résoudre un problème. Il permet de se représenter les actions à mener pour atteindre un objectif. Exemple : se repérer dans l’espace, aller d’un point A à un point B. Il s’agit de comparer l’état actuel des choses à un état envisagé :  prenons un terrain vague, et l’édification d’un bâtiment pour un architecte. Cet état de conscience, très utile, est responsable des plus grandes créations et réalisations de la civilisation. Malheureusement, alors qu’il est le plus développé dans la culture occidentale, que c’est celui que nous employons le plus dans notre vie quotidienne et surtout dans notre travail, il est non seulement inopportun mais même nuisible quand il s’agit de résoudre des problèmes liés à la conscience de soi.

Porter son attention peut ainsi paraître anodin, mais il en découle toute une psychopathologie. Notons pour l’instant que résoudre les problèmes par le mode faire peut provoquer de véritables catastrophes psychiques qui épuisent nos ressources intérieures dans un fonctionnement auto-centré fait de ruminations mentales, ressources qui ne sont de ce fait plus disponibles pour investir les objets que la vie nous présente, comme c’est le cas dans la dépression ou le stress.

Etre en pleine conscience, porter intentionnellement son attention sur ce qui est, permet de développer au contraire une ouverture à l’ensemble de ce qui est (pas seulement ce que j’aime mais la totalité de l’expérience interne et externe) et de se libérer des ruminations mentales qui sont au cœur de la névrose. Développer l’état de conscience « être » entretient ainsi la santé psychique. Cela transforme le rapport à son monde interne (pensées, émotions, sensations) et ouvre à une plus grande présence au monde. Mais en plus, cela transforme littéralement le cerveau en raison de sa neuro-plasticité (les circuits fréquemment utilisés se consolident et se développent ; ceux qui servent peu s’étiolent et rapetissent). Les chercheurs en neurosciences ont ainsi démontré qu’apprendre à développer le mode être, objet des programmes mindfulness,  permet de lutter contre la névrose et entretient la santé tant psychique que physique.

Avant-propos