Historique et prévalence

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Le terme « Dermatillomanie » dérive du grec δέρμα (derma) qui veut dire « peau« , de τίλλω (tíllō ) qui veut dire « épiler ou effeuiller », et de μανία (manía) qui veut dire « manie ».

Le premier article scientifique qui mentionne la Dermatillomanie date de 1898 et a été écrit par le dermatologue français L. Brocq (L’acné excoriée des jeunes filles et son traitement. Extrait de la Revue générale de Clinique et de Thérapeutique. Journal des Praticiens. 12: 193–197). Cet article décrit une patiente adolescente qui présente les symptômes d’une cueillette de la peau avec des triturages incontrôlés de l’acné.

Des études ont montré que la Dermatillomanie est un trouble beaucoup plus répandu que ce qu’on aurait pu penser (Gieler – 1987, Misery – 2012). Aux Etats-Unis, la Dermatillomanie concernerait environ 12 millions d’Américains de tous âges, sexes, nationalités et profils socio-culturels différents. En France, les estimations seraient de 1,4% de la population générale, soit environ 900 000 personnes.

La Dermatillomanie est moins fréquente chez les hommes que chez les femmes (Nielsen – 2005, Gieler – 1994). Aux Etats-Unis ce serait environ 86% de femmes pour 14% d’hommes.

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Une enquête téléphonique américaine a montré que 16,6% des répondants ont « déjà trituré leur peau au point de causer une lésion tissulaire notable » et que 1,4% seraient considérés comme répondant aux critères de la Dermatillomanie. Une enquête auprès d’étudiants aurait révélé un taux de 4%. Et une étude a montré que chez des adultes n’ayant pas de troubles psychologiques, 63% des personnes avaient déjà trituré leur peau et 5,4% auraient des troubles de triturage obsessionnels et compulsifs. Enfin, une autre enquête américaine auprès de patients ayant des troubles dermatologiques aurait constaté que 2% des patients souffraient de Dermatillomanie.

Pour de nombreux patients, la Dermatillomanie a commencé avec l’apparition de l’acné à l’adolescence, mais les triturages de la peau ont continué même après que l’acné avait disparu. Chez les patients dermatillomanes ayant de l’acné, la purification de la peau est disproportionnée par rapport à la gravité de l’acné. Certains événements stressants, comme par exemple les conflits conjugaux, les décès et les grossesses non désirées seraient liés à l’apparition du trouble.

Si la Dermatillomanie n’est pas apparue à l’adolescence, il existerait une autre tranche d’âge où apparaitrait ce trouble entre 30 et 45 ans.

Par ailleurs, de nombreux cas de dermatillomanie auraient été observés chez les enfants de moins de 10 ans. Une petite enquête américaine auprès de patients atteints de dermatillomanie aurait constaté que 47,5% d’entre eux avaient un début précoce de dermatillomanie qui a commencé avant 10 ans.

La Dermatillomanie a un taux élevé de comorbidités avec d’autres troubles psychiatriques, en particulier avec des troubles de l’humeur et des troubles anxieux. Une étude de patients atteints de dermatillomanie a constaté que 56,7% ont également eu un trouble d’Axe I (DSM-IV) et 38% avaient des problèmes d’abus d’alcool ou de drogue. Des études ont montré des taux de troubles psychiatriques trouvés chez les patients atteints de Dermatillomanie : trichotillomanie (38,3%), toxicomanie (38%), trouble dépressif majeur (de 31,7% à 58,1%), troubles anxieux (de 23% à 56%), trouble obsessionnel-compulsif (de 16,7% à 68%) et dysmorphophobie corporelle (de 26,8% à 44,9%).

La Dermatillomanie est également fréquente chez des personnes présentant certaines déficiences développementales: par exemple, le syndrome de Prader-Willi ou le syndrome de Smith-Magenis. Des études ont montré que 85% des personnes atteintes du syndrome de Prader-Willi ont également des troubles compulsifs du triturage de la peau.

La Dermatillomanie aurait également des corrélations avec des « déficiences sociales, professionnelles ou universitaires, l’augmentation de problèmes médicaux ou de santé mentale (anxiété, dépression, trouble obsessionnel-compulsif) ainsi que des problèmes financiers… » La Dermatillomanie connait également un haut degré de comorbidité avec des difficultés professionnelles et conjugales.