Profil du dermatillomane

Just one

Les personnes atteintes de dermatillomanie vivent souvent une grande solitude. Elles ont honte de leur comportement, refusent d’en parler et cherchent à camoufler leur problème. Elles cachent leur peau, comme elles cachent leur détresse. Beaucoup de personnes en souffrent aujourd’hui et se sentent isolées, en raison de la non connaissance de ce trouble encore en Europe, des patients comme des professionnels. Les personnes ayant des comportements de triturage/grattge hésitent à chercher des traitements ou des conseils auprès des psychologues, car elles pensent être seules à avoir ce problème. Malheureusement, ne pas en parler aux différents professionnels de santé (télécharger les brochures) contribue à propager la fausse perception que ce comportement est rare. Par ailleurs, elles pensent souvent pouvoir arrêter leur comportement seules. Et ainsi, continuer à ne pas en parler et ne pas demander de l’aide.

Les dermatillomanes ont généralement des problématiques de perfectionnisme. C’est le manque de tolérance des imperfections de leur corps ainsi que d’elles-même qui les pousse de façon impulsive et non contrôlée à triturer ou gratter leur corps. Ce sont souvent des personnes très anxieuses et qui doutent beaucoup d’elles-mêmes. La problématique de faible estime de soi (déception de soi, honte de soi, culpabilité de ne pas être à la hauteur) est centrale dans le Skin-Picking.

La dermatillomanie est un trouble qui sert à soulager les tensions internes et psychiques de la personne. On retrouve généralement chez les dermatillomanes des problématiques de non-dits, de tabous ou d’émotions refoulées. Ces émotions sont principalement la colère, la honte, le dégoût et la culpabilité. Elles ont également en commun une faible estime de soi et des problématiques liées à leur image. Les failles narcissiques peuvent remonter à l’enfance ou l’adolescence. Mais parfois c’est suite à un évènement déclencheur que la personne voit apparaitre ce trouble qui était sous-jacent. les dermatillomanes sont principalement des personnes qui veulent contrôler leur image, la rendre parfaite aux yeux des autres, afin de ne pas être critiqué. La critique de l’autre c’est la destruction. Afin de ne pas être « tué par le regard de l’autre », l’individu va « gommer » toutes les imperfections de son corps comme pour se rendre « parfait » et « non jugeable ». Le maquillage ou les astuces de camouflage suite aux grattages/triturages sont d’ailleurs une manière de cacher les cicatrices infligées mais aussi de créer un masque. Une couche supérieure qui servirait de rempart au monde menaçant extérieur, la peau ne suffisant plus à défendre le self (« le dedans ») du monde extérieur (« le dehors »), dont la peau est la limite entre ces deux mondes.

La personne atteinte de dermatillomanie contient en elle des émotions négatives qu’elle refoule et qui nécessitent d’être évacuées. Par manque de procédé exutoire ou thérapeutique, la personne ainsi va se soulager de façon autonome en passant par des actes auto-agressifs (et non d’auto-mutilation – voir Questions fréquentes), consistant à se gratter/triturer la peau. Le but inconscient est de soulager la peau (filtre du dedans et du dehors) qui a été attaquée (stress, angoisse, honte, culpabilité, agressivité…). C’est pour cela que la personne rentre dans un état hypnotique (ou état de semi-conscience) pendant le comportement. Sans le savoir, elle ne cessera son comportement que lorsqu’elle aura soulagé toutes ses tensions internes. Ceci jusqu’à la prochaine émotion qui nécessitera d’être soulagée. La dermatillomanie reflète un manque de stratégies ou de solutions de la personne à « faire sortir » ses émotions. Les dermatillomanes sont d’ailleurs souvent des personnes ayant du mal à parler d’elle-mêmes, de leurs émotions, de leur vie.

Il est constaté que le triturage ou grattage de peau peut également représenter une forme inconsciente d’auto-punition. Les dermatillomanes ayant  de nombreuses problématiques de colère rentrée, on peut supposer que s’arracher la peau est un moyen de se défouler mais également de protéger l’autre (les parents, l’entourage…) de ses propres pulsions agressives. Ainsi, la dermatillomanie serait une façon de protéger l’autre contre des pulsions agressives. Afin de ne pas détruire l’autre, le dermatillomane retourne sa colère contre lui-même et s’inflige ainsi des gestes induisant de la honte et de la culpabilité (mêmes émotions de départ).

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Comment les familles et amis peuvent-ils aider ?

La dermatillomanie est un trouble psychologique et ne peut être traité par l’entourage. Ce trouble nécessite une thérapie intégrative faisant un travail aussi bien sur les causes des grattages/triturages (thérapie analytique) que sur le déconditionnement des comportements (thérapie comportementale). Néanmoins, l’entourage peut aider les personnes souffrant de ce trouble en s’informant sur la dermatillomanie afin de mieux les comprendre. Comprendre que ce trouble est encore peu connu, comprendre que c’est un trouble impulsif et qu’il est difficile d’arrêter seul les comportements, comprendre la solitude et l’isolement dans lesquels la personne est certainement depuis un moment. L’empathie est nécessaire afin que la personne ne ressombre pas dans la honte et la culpabilité, dans lesquels elle est déjà. L’important est qu’elle se sente entendue et comprise dans sa détresse. Le dermatillomane sait que ses comportements sont irrationnels et c’est le premier à vouloir les arrêter, en raison des forts dommages créés sur sa peau. Le trouble impulsif est tel qu’en dehors des « crises », la personne se dit « plus jamais ». Et pourtant, il suffira d’une seconde, à regarder son visage dans un miroir ou à passer ses doigts sur son corps, pour que la personne reparte dans le grattage/triturage. L’entourage doit comprendre que les CRCC mettent la personne dans un état de soulagement interne et d’apaisement. Les individus parlent d’un état second, voire de transe parfois. « Je pensais être en train de me gratter depuis dix minutes, alors qu’en fait ça faisait plus d’une heure que j’étais dans la salle de bain… »

Le centre Dermatillomanie France a mis ce site internet en ligne pour les personnes souffrant de dermatillomanie mais également pour les entourages qui se posent des questions ou souhaitent des renseignements. Il faut savoir qu’il est difficile de parler de son trouble, d’autant plus quand c’est un CRCC. Car c’est la personne qui s’inflige, de façon non volontaire, ses propres blessures. Des brochures détaillées et synthétiques, dédiées à l’entourage ainsi qu’aux professionnels de santé sont disponibles sur ce site internet. Par ailleurs, des groupes de parole pour l’entourage des personnes dermatillomanes sont régulièrement mis en place au centre Dermatillomanie France.