Thérapie cognitivo-comportementale (TCC)

La TCC – Thérapie Cognitivo-Comportementale (en anglais CBT – Cognitive-Behavioral Therapy) est une forme de thérapie (il existe une vingtaine de psychothérapies en France) qui vise à modifier les comportements en identifiant les facteurs précis déclencheurs de l’apprentissage comportemental, à interrompre puis à rediriger les réponses de ces déclencheurs.

C’est une démarche centrée sur le patient : ses pensées, ses sentiments et ses comportements. Les personnes apprennent comment modifier leurs pensées, leurs sentiments et leurs comportements en ayant recours à des techniques déjà éprouvées pour aider à atteindre des objectifs précis. La TCC est effectuée par un psychologue (diplômé du Master, possédant un numéro ADELI) formé à cette méthode (DU de TCC ou AFTCC).

L’appellation «  Thérapie Cognitivo-Comportementale » regroupe plusieurs approches thérapeutiques visant les CRCC – Comportements Répétitifs Centrés sur le Corps :

  • La Technique de Renversement d’une Habitude
  • La Thérapie Comportementale Globale
  • La Thérapie d’Acceptation et d’Engagement
  • La Théorie comportementale dialectique

Plusieurs études ont montré qu’un travail sur l’inversion des habitudes associé à un travail sur la désensibilisation réduit les comportements de triturage chez les personnes dermatillomanes, qui ne possèdent pas de troubles psychologiques.

La Technique du Renversement des Habitudes (TRH)

Un des premiers traitements élaborés pour soigner la dermatillomanie et les autres troubles similaires est la Technique de Renversement d’une Habitude (TRH).  Cette technique fut développée dans les années 1970 par MM Nathan Azrin et Gregory Nunn.  Le TRH est la méthode qui a fait l’objet du plus grand nombre d’études à ce jour.  Le nombre de modules est variable, les trois modules considérés les plus importants étant : l’entraînement à la pleine conscience, le renforcement d’un geste incompatible avec le comportement indésirable, et les relations interpersonnelles.

  • La Pleine  conscience : consiste à aider la personne à se concentrer sur les circonstances pendant lesquelles les épisodes d’arrachage de cheveux ou de grattage de peau sont le plus susceptibles de se produire.  Ceci permet à l’individu d’être plus à même d’anticiper le comportement qui sera déclenché et dès lors de lui fournir l’occasion de mettre en place des techniques thérapeutiques destinées à décourager ces comportements.
  • Le Renforcement d’un geste incompatible avec le comportement indésirable : encourage  l’individu à mettre en place un mouvement incompatible avec le comportement indésirable qu’il cherche à contrôler. Par exemple, une personne qui ressentirait le désir de s’arracher des poils ou de se gratter la peau se forcerait à former un poing avec sa main et à raidir tout son avant-bras de manière à en bloquer les muscles, rendant ainsi la main incapable d’arracher ou de gratter.  Ce geste alternatif devra être mis en place chaque fois que la personne ressent le besoin d’arracher ou de gratter, ou bien lorsqu’elle se trouve en présence d’une situation où ces comportements sont susceptibles de se produire.
  • Les Relations interpersonnelles : il s’agit d’impliquer les proches et les membres de la famille dans le processus thérapeutique afin qu’ils puissent fournir une rétroaction (feedback) positive aux personnes ayant mis en place des gestes alternatifs incompatibles avec le comportement indésirable.  Ceux-ci peuvent également rappeler à la personne de mettre en place ces gestes alternatifs lorsqu’elle se trouve dans une situation où elle est typiquement susceptible d’avoir un Comportement Répétitif Centré sur le Corps.

La Thérapie Comportementale Globale (« Comprehensive Behavioral Treatment »)

Les recherches cliniques ont démontré qu’il était plus efficace et durable, lorsqu’on utilisait certaines des techniques de la Thérapie du Renversement des Habitudes (TRH), de les combiner avec d’autres techniques propres à la Thérapie Comportementale Globale (GCT). La Thérapie Comportementale Globale, élaborée par le Dr Charles Mansueto et son équipe, utilise les options proposées par les thérapies existantes et en élargit le champ de pratique tout en modelant chaque traitement de manière individuelle afin de couvrir plusieurs comportements. La Thérapie Comportementale Globale est constituée de quatre modules : le Bilan de la situation, les Modalités pour Identifier et Cibler la situation, les Stratégies pour Identifier et Choisir des solutions et l’Évaluation.  Il faut également tenir compte des cinq modalités suivantes : Sensorielle, Cognitive, Affective, Motrice et Endroit (SCAME).  Bien que la méthode de la Thérapie Comportementale Globale doive toujours faire l’objet de recherches empiriques, les experts cliniciens croient qu’elle propose une approche plus viable que la TRH utilisée seule.

  • Bilan de la situation/Auto-Surveillance : Lorsqu’ils utilisent la méthode de la Thérapie Comportementale Globale, le thérapeute et son patient procèdent à une évaluation complète des problèmes de comportement, incluant les pensées, les sentiments et les gestes qui précèdent immédiatement les épisodes où la personne se gratte la peau ou s’arrache les cheveux.  Cette évaluation permet au thérapeute et à son patient de mieux connaître toutes les facettes de ses Comportements Répétitifs Centrés sur le Corps. On demande également au patient de noter ses comportements tout au long d’une semaine afin de dresser le portrait d’une semaine-type en regard des gestes reliés à la dermatillomanie.
  • Choisir des techniques ciblées sur le comportement à corriger : Une fois cette semaine-type établie, le thérapeute étudiera plus précisément le comportement du patient. C’est là que réside la différence principale entre le modèle de la Thérapie Comportementale Globale et la Thérapie de Renversement des Habitudes :  plutôt que de se contenter de mettre en place un geste incompatible avec le comportement à corriger, le thérapeute encouragera son patient à explorer différents substituts sensoriels lorsque lui vient l’envie de se gratter la peau ou de s’arracher les cheveux, afin de lui permettre de découvrir comment répondre aux besoins de son corps d’une manière différente (et de là cesser de s’arracher les cheveux ou de se gratter la peau).
  • Étudier l’environnement : Etudier l’environnement susceptible de déclencher les comportements indésirables et le modifier de manière à le rendre moins propice à ces comportements.  Par exemple, les personnes qui s’arrachent les cheveux ou se grattent la peau face à un miroir pourraient retirer ces miroirs, ou bien les recouvrir pendant un certain temps. Pour plusieurs, les gestes de s’arracher les cheveux ou se gratter la peau sont automatiques et la personne ne se rend même pas compte de ce qu’elle fait.  Pour ce type de comportement involontaire ou automatique, on peut avoir recours à des barrières physiques comme des gants, des Band Aids, du ruban de type médical ou bien des chapeaux afin d’éliminer la composante automatique du geste et permettre à la personne de réaliser ce qu’elle fait.
  • Bien gérer ses émotions : Lorsqu’ils traversent un épisode de Dermatillomanie, les gens affectés ressentent une gamme d’émotions variées.  Plusieurs rapportent qu’avant de s’arracher les cheveux ou de se gratter la peau, ils connaissent des moments d’ennui, de lassitude ou de tension ;  après, ils sont fâchés ou honteux. Le Traitement Comportemental Global cherche aussi à identifier ces émotions et à s’occuper d’elles en ayant recours à différentes méthodes.  Par exemple, lorsque l’agitation ou l’anxiété sont présents,  la relaxation pourrait être appropriée ; des techniques d’affirmation de soi pourraient être utiles pour quelqu’un qui se sent dépassé par les événements et n’arrive pas à prendre sa place et à s’affirmer dans son environnement professionnel ou personnel.
  • Travail cognitif des pensées indésirables : Chez certaines personnes, l’envie de se gratter la peau est déclenchée par des pensées précises.  Dans un cas semblable, le thérapeute aura recours à une approche cognitive afin d’aborder le problème des pensées indésirables récurrentes. Lorsque les pensées freinent les progrès, voire encouragent le comportement que l’on cherche à modifier, il faut tenter de restructurer le schème de la pensée, donner une nouvelle perspective et corriger la pensée indésirable.

La Thérapie d’Acceptation et d’Engagement (TAE)

La Thérapie d’Acceptation et d’Engagement (« Acceptance and Commitment Therapy » – ACT) a été élaborée par M Steven Hayes. Tout au long de cette  thérapie, on demande aux personnes de reconnaître leur envie de se gratter ou de s’arracher les cheveux lorsqu’elle survient, mais sans poser le geste de gratter ou d’arracher.  On leur demande, de même, de ressentir les émotions négatives qui surviennent avant ou après s’être arraché les cheveux ou s’être gratté la peau, et d’observer ces sentiments sans porter de jugement, comme si c’étaient des objets neutres qui ne devaient déclencher aucune réaction physique.  Il peut être très libérateur de comprendre, ressentir et vivre l’expérience que l’on n’est pas obligé de donner suite à une envie ou à une émotion.  Grâce au soutien d’un thérapeute formé, le patient peut former un plan de traitement.  Ce plan inclurait :

  • Comprendre les valeurs du patient : comprendre les valeurs fondamentales d’un patient est un des éléments-clés de la thérapie. Tout au long de la thérapie, il devra s’interroger pour savoir si ce qu’il accomplit dans le processus de Comportement Répétitif Centré sur le Corps lui permet de se rapprocher des valeurs qu’il a identifiées (travail sur la connaissance de soi et l’estime de soi).
  • TRH et le contrôle  des stimuli : il est possible qu’il n’y ait pas de recoupement entre les valeurs du patient et sa Dermatillomanie, non plus qu’avec les émotions négatives qui en découlent. Dans un tel cas, on enseignera au patient la Technique du Renversement des Habitudes et celle du contrôle des stimuli afin de l’aider à ne plus se gratter la peau et à remplacer ces gestes par des comportements plus valorisants.
  • Comprendre comment le patient se positionne par rapport aux envies et aux expériences négatives : une partie du processus thérapeutique consiste à discuter avec le patient des méthodes (incluant les gestes d’arracher/gratter) qu’il utilise pour réduire ou éliminer ses envies, son anxiété ou les sensations déplaisantes.  À travers cette démarche, on remarque fréquemment que le patient n’a pas trouvé de stratagème sain et efficace qui lui permettrait de surmonter ces sensations, et qui serait compatible avec la réalisation de ce qu’il juge important.
  • Reconnaître ses pensées pour ce qu’elles sont : l’approche de la Thérapie d’Acceptation et d’Engagement consiste essentiellement à changer la façon dont le patient considère ses émotions et ses pensées, incluant les envies de s’arracher les cheveux ou de se gratter la peau. Bien souvent, les gens croient que certains événements psychologiques qu’ils perçoivent comme négatifs doivent nécessairement déclencher le geste de s’arracher les cheveux ou de se gratter la peau, ou encore provoquer certaines réactions chez les autres. Il s’agit pour eux d’apprendre progressivement à comprendre ce que sont réellement leurs envies, leurs pensées et leurs émotions : soit des événements psychologiques temporaires, auxquels ils peuvent choisir de réagir ou non; soit des événements psychologiques à contrôler, éliminer ou tempérer. Ces émotions et pensées devenant progressivement des expériences parmi d’autres qui doivent être acceptées pour ce qu’elles sont, quand bien même leur seraient-elles désagréables.
  • L’engagement personnel : le patient devra être prêt à accepter de vivre et ressentir ses  émotions lorsqu’elles surgissent, afin d’apprendre à les accepter plutôt que de les fuir.

La thérapie comportementale dialectique (TCD)

La Thérapie Comportementale Dialectique (TCD), développée par Marsha M. Linehan, fait également l’objet d’études.  Des études-pilotes montrent que cette méthode donne des résultats prometteurs lorsqu’elle est utilisée de pair avec des techniques plus traditionnelles de renversement des habitudes ou de contrôle des stimuli. On a pu constater que les effets bénéfiques perduraient plusieurs mois après la fin du traitement. Elle est particulièrement utile pour accroître le niveau de pleine conscience au moment, par exemple, de s’arracher les cheveux et pour apprendre à vivre avec les émotions inconfortables et les envies d’arracher.

La TCD comprend quatre modules, incluant:

  • La capacité de prise de conscience totale : ce module emprunte au bouddhisme l’idée de se concentrer sur le moment présent, de prendre conscience de ses émotions et de les ressentir pleinement, sans porter de jugement.  Cette manière d’être aide les gens à accepter et supporter les émotions violentes sans qu’elles entraînent de réaction.
  • L’efficacité interpersonnelle : ce module enseigne comment s’affirmer et comment régler les problèmes interpersonnels (Affirmation de soi).
  • La capacité de tolérance à la détresse : ce module propose différentes manières de supporter une situation de crise ou de passer à travers à court terme, sans aggraver la situation.
  • La compétence de régulation des émotions : ce module montre comment mieux contrôler ses émotions à l’aide des méthodes suivantes : identifier et nommer ses émotions, identifier quels obstacles empêchent de changer ses émotions, réduire la vulnérabilité vis-à-vis de ses émotions, accroître le nombre d’évènements positifs émotionnellement, accroître la prise de conscience des émotions actuelles, agir de manière opposée, ressentir des expériences psychologiques inconfortables sans leur donner suite en posant des gestes.

Note : les types de thérapies comportementales décrites ci-dessus ne sont pas exclusives les unes des autres. Toute personne cherchant à contrôler des Comportements Répétitifs Centrés sur le Corps pourra tirer profit d’éléments issus de différentes approches.